Par Sylvia Botella

Dans The Architects, tout y est inextricablement enlacé formellement – et indissociable – par la fiction, le jeu, le bidouillage direct et révélateur. Il n’y a aucun étalage d’effets, mais bien au contraire une quête incessante et boulever- sante des causes de la spéculation à travers la recombinaison de l’objet (petit matériel, plante, chaise, livres, lampe et vice versa) par l’artiste. « Dis vite, les traders ont clairement contribué à la crise financière de 2008. Ils ont leur part de responsabilité dans la crise. Beaucoup se sont enrichis. On a tous en tête les images des tra- ders licenciés, repartant avec leurs cartons remplis d’objets dérisoires. Cela nous intéres- sait de créer des œuvres d’art à partir de ces objets : de les combiner et de les recombiner, jusqu’à les pousser à bout. Nous nous sommes également beaucoup inspirés de figures telles que Jeff Koons et Paul McCarthy qui créent plus ‘pour la forme’. » Il y a là la puissance d’un tis- sage simplifié (ou extrêmement sophistiqué) : révéler « par la forme » ce qui est créé « pour la forme ». Ce qui coïncide pleinement avec l’intelligence redoutable du marché de l’art.

 

 

 

Charlotte Bank

The notion of public space seemed to undergo major metamorphoses during the past two decades, with buzzwords such as virtual reality and cyberspace implying that the space where we were going to live our lives in the future would be located in the non-physical realm of the artificial worlds created by scientists and computer programmers.

However, with the disenchantments of the internet as a free space of which the recent surveillance scandals are just the latest, and the renewed interest in real-space civic actions, it would seem that we are re-discovering the physical space of our towns and cities. 􏰁e protests of Occupy Wall Street and its off-shots in European cities, Avenue Bouguiba, Tahrir Square, Taksim Square/Gezi Park, just to name a few, have all shown us the importance of physical presence of masses of bodies in real space, and despite the current setbacks of these move- ments, they seem to have changed our perception of the term “the public space”.

During the past two years, questions relating to notions of “public space” have been central to my professional interests. And upon arriving at Villa Romana and meeting Younes Atbane there, these questions came to occupy a large space in our discussions, as we both seemed equally preoccupied by them, from our respective positions of Europe/Eastern Mediterranean and Europe/Maghreb respectively.

 

SMAEL LËAMSI

Le détournement corrosif est aussi à l’oeuvre chez Younes Atbane. Dés le titre « Une exposition d’art contemporain marocain dans une plateforme européenne », l’installation complexe d’Atbane à base de perceuse, drapeau, cubes de sucre, étoiles et photos, donne le ton. Cependant, cette oeuvre cinétique acquiert une dimension fascinante par la juxtaposition d’éléments à priori disparates, réalités éloignées. Sous la féroce remise en cause des mécaniques aliénantes de l’art contemporain, la tension naît plus particulièrement du montage réflexif sur l’image en mouvement. La critique est émancipatrice ou elle n’est pas.

 Ainsi, interrogent les origines cultuelles, culturelles, intellectuelles et politiques de l’oppression par inclusion, rapprochement et convergence de formes et d’idées divergentes à priori

 

TEXT by AMY BRADY

One AAF artist whose work was not compromised was Moroccan Artist Youness Atbane. I caught his show, The Second Copy: 2045, on my last day. It opened with the actor curled on the floor, the room dark except for a beam of projected blue light on the back wall. He slowly unfurled his body, his movements jagged as if he were struggling to control his limbs. Once he was upright the show jolted into something else entirely: a kind of mock documentary, or “lecture performance,” as he calls it, of what contemporary art might look like to future Moroccans. I won’t spoil how he connects the opening dance to the lecture segment, but I will say that the ending not only coheres—it astonishes.

 

The piece was born, Atbane told me later, out of a need to articulate how  politics was affecting the country’s arts. Morocco offers more artistic freedom than most Arab nations; a constitutional referendum in 2011 granted artists more freedom than ever to express their individual ideologies. But Moroccan leaders still enforce restrictions, without consistency or transparency, on what artists can produce.

 

“In Morocco we have a small community of contemporary artists who have been vital for the last 15 years,” Atbane said. “But because of the country’s recent political situation, we began to develop interests in how [those political] forces were affecting our country and our work. The question of how and why these forces were affecting us was not necessarily a part of the scene’s agenda. I felt an urge to make these things more clear.” The show was layered with meaning and surprisingly funny—a highlight of my week at the Fringe.

 

Texte par Marie-Christine Vernay

Entre Berlin et Casablanca, Younes Atbane, jamais tout-à-fait à sa place en se promenant des arts plastiques au monde chorégraphique, a trouvé dans l’art performance une façon libre d’explorer ses propres limites, de les interroger comme il questionne la position de l’artiste. Il le fait avec une élégance décalée et beaucoup de drôlerie. Sa performance The second copy : 2045 fait se télescoper fiction et réalité. Nous sommes en 2045, à la fin des conflits qui ont secoué le monde. Les artistes ont été tués mais leur mémoire numérique a pu être récupérée. Une documentaliste chercheuse réalise un film à partir de cette mémoire dans lequel Younes Atbane est interprète dans les extraits de trois de ses performances. Sans doute a-t-il lui aussi été tué. Dans ce télescopage d’époques, de vivant et de disparus, le performer passe du micro à l’ordinateur sur lequel est retransmis du patinage artistique, de la manipulation d’objets divers à une danse plus intime où il ne tient pas sur ses jambes. Emmitouflé, il est un corps mou qui a lâché prise avant de se débattre avec son double. Un judicieux voyage dans le temps et dans l’auto-dérision.